En Avril nos bois et nos forêts sont voués au bleu et au blanc. Blanc des épais tapis de sylvies (anémones des bois), bleu des jacinthes des bois d’apparition un peu plus tardive, pour une coexistence qui va ravir les yeux des promeneurs. Ces éclosions rendues possibles par une lumière qui n’est pas encore tamisée par les frondaisons des arbres, vous pourrez les apprécier dans le bois du moulin à huile de Martagny. La promenade est courte (une heure environ) mais elle se déroule sur un sentier plus ou moins bien tracé à flanc de coteau, souvent encombré de branches ou de troncs d’arbre et elle nécessite de bonnes chaussures et un pas bien assuré.
Le départ est signalé par un panneau situé sous l’église Saint Vincent de Martagny, récemment restaurée (photo 1), à l’amorce d’un sentier qui descend vers le moulin actuel. Il porte l’inscription “sente de l’Eglise” (photo 2). Quittons ce chemin pentu après une dizaine de mètres pour nous engager à gauche sous le couvert des arbres (photo 3). Ne soyons pas découragés par les orties présentes sur quelques mètres, auxquelles se mêlent des alliaires aux fleurs blanches et aux feuilles à odeur aillée (photo 4). Le sentier longe à droite de larges étendues de petites pervenches en fin de floraison, puis de vertes mercuriales aux fleurs minuscules. Sur le sentier nous croisons bientôt les fleurs vedettes de la promenade : des orchis mâles, doublement mâles pourrait-on dire si l’on se réfère à leurs deux tubercules souterrains qui évoquent les attributs masculins à l’origine de l’appellation de la famille florale des orchidées (photo 5). A ce niveau, plus bas dans la pente, nous pouvons apercevoir au milieu d’orchis mâles, d’autres orchidées dont les fleurs blanches s’épanouiront quelques jours plus tard (photo 6). Il s’agit d’une platanthère, genre qui comporte deux sosies : orchis à deux feuilles et orchis des montagnes. Seul un botaniste chevronné pourra faire la distinction.
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Nous poursuivons le sentier encadré de massifs de houx, de buis et de groseilliers à maquereaux avec quelques touffes d’euphorbe amandier (photo 7) et de daphné lauréole ou laurier des bois (photo 8). Le sentier descend légèrement vers une cloture de fil barbelé que nous longeons en descendant à droite jusqu’à un passage vers une courte clairière illuminée par le blanc des floraisons de merisiers et de prunelliers ou épine noire (photo 9). Nous trouvons rapidement en pénétrant à nouveau dans le bois, un large chemin (photo 10) bordé de charmes aux étranges troncs torturés, fantomatiques (photo 11). Ce chemin correspond à une ancienne voie reliant sur la hauteur Martagny à Mesnil sous Vienne. Il se prolonge par un sentier situé sur le haut du coteau, sentier sauvage parfois encombré de lianes de clématites ou herbe aux gueux (photo 12). Les sylvies bien blanches (photo 13) et les jacinthes au bleu vif déjà présentes auparavant forment des tapis étendus aux deux couleurs. Le parcours se termine à une barrière barbelée qui sépare le bois d’une prairie. Nous dominons alors un grand étang de pêche dont nous sépare une pente entièrement colorée par le bleu des jacinthes (photo 14).
Le retour se fait par le même itinéraire mais il est possible, après avoir franchi la clairière, de remonter par des sentes plus ou moins bien marquées vers le haut du coteau pour rejoindre l’arrière de l’église. Dans cette nature verte, blanche et bleue il est facile de remarquer quelques touches de jaune que nous donnent quelques ficaires encore en fleur (photo 15), des lamiers jaunes et des primevères officinales encore appelées coucou (photo 16) bien que leur éclosion soit bien antérieure à la venue de cet oiseau au chant répétitif dès avril. Tout au long de notre trajet nous avons également perçu le cri aigu de l’épervier qui n’hésite pas à quitter son repaire forestier pour foncer sur les oiseaux qui viennent aux mangeoires des maisons proches. Il nous est arrivé à plusieurs reprises de le trouver, mort ou assommé contre une vitre après une attaque impétueuse et téméraire. C’est de ce bois que peut nous parvenir lors des chaudes soirées de juin, l’étrange ronronnement vocal de l’engoulevent.
Cette courte promenade est, en Avril, un véritable enchantement. Certains apprécieront également la sauvagerie de ce bois qui, à l’écart de toute exploitation forestière, s’autoalimente de ses débris végétaux.


















