Comme toutes les rivières, la Lévrière n’a pas à proprement parlé de cours naturel. Au fil du temps, son lit a été constamment réaménagé. La multiplication des moulins, depuis le Moyen-Age, a entraînée l’installation de retenues, de biefs, de chutes, de vannages formant un tout complexe, interdépendant, dont la bonne gestion imposait la concertation entre les riverains. Le progrès des techniques hydrauliques a permis d’intensifier, à partir de la fin du XVIIIème siècle, l’exploitation de la force des rivières.
Après la Révolution et l’abolition du droit de banalité, toutes les communes de la vallée comptaient un ou plusieurs moulins indispensables à la vie des villages. Il s’agissait le plus souvent de moulins à blé, parfois de moulins à tan (écorces de chêne broyées destinées au tannage) comme à Bézu la Forêt, Saint Denis le Ferment ou Neaufles Saint Martin.
Le moulin de Martagny (photo 1), dépendant comme la ferme voisine de la seigneurie de Mainneville, a été reconstruit dans les années 1780. Le marquis Dauvet procéda, à cette occasion, à un profond réaménagement du cours de la rivière. Il fit creuser un long canal, à partir d’une digue située en amont, afin de disposer d’une hauteur de chute suffisante pour installer une roue prenant l’eau « par-dessus », plus performante que l’ancienne roue « par-dessous » (au fil de l’eau). Il compléta le dispositif, en 1817, par un canal de décharge, muni d’un réservoir, permettant de laisser passer d’éventuels trop-pleins d’eau. Beaucoup plus tard, la roue fut remplacée par une turbine (photo2) qui alimentait la ferme de Martagny en électricité.
Le moulin de Mesnil-sous-Vienne date de 1836 (photo 3). Cette haute bâtisse en briques fut construite pour recevoir un dispositif de mouture dite à l’anglaise, à meules tournant très rapidement. A cette époque, la Lévrière accueillit plusieurs de ces moulins modernes, à Hébécourt (photo 4), Mainneville (photo 5 & 6), Saint-Denis, pour moudre le grain des plaines du Vexin, l’Epte et l’Andelle étant accaparées par l’industrie textile et métallurgique. Vers 1880, les trois paires de meules du moulin de Mesnil furent remplacées par des cylindres.
Vers l’aval, le débit de la Lévrière est plus fort et la puissance plus grande. C’est à Saint-Paër qu’un marchand de farine de Gisors, installa en 1831 le premier moulin « monté à l’anglaise » de la vallée, en rehaussant d’un mètre le niveau d’eau. Avec la multiplication des moulins la concurrence devint rude et l’intérêt économique moindre. Il fallut alors innover, reconvertir le moulin à blé, ou bien vendre les bâtiments ou la chute d’eau aux nouveaux industriels. L’industrie paraissant alors offrir de meilleurs opportunités, il fut aménagé dès 1834 un canal latéral pour faire tourner un laminoir à zinc, semblable à ceux installés peu avant près de Gisors (photo 7 & 8)).
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- 1. Moulin de Martagny
- 2. Turbine du moulin de Martagny
- 3. Moulin à blé de Mesnil sous Vienne
- 4. Chute d’eau à Hébécourt
- 5. Moulin Galant à Mainneville
- 6. Moulin de la Bonde à Mainneville
- 7. Moulin de Saint Paër et cheminée de la zinguerie
- 8. Chute d’eau du moulin de Saint Paër
Un moulin ce n’est pas simplement un édifice, c’est aussi un équipement hydraulique, avec sa chute, sa roue ou sa turbine, ses transmissions. Or, souvent, seul le bâti est préservé, les aménagements sont à l’abandon, les mécanismes démontés. A l’heure de l’énergie renouvelable, ne faudrait-il pas remettre en marche, avec des techniques modernes, certaines de ces installations et leur trouver ainsi une nouvelle raison d’être.










