C’est dans la deuxième moitié d’un XIXème siècle jalonné d’épidémies de choléra et de typhoïde que l’Etat, soucieux d’en freiner la propagation, encouragea financièrement les communes à construire des lavoirs publics répondant aux exigences d’hygiène et de salubrité. Dans les villes comme dans les villages, l’édification de lavoirs devint une priorité ; partout ils remplacèrent, même modestement, les simples alignements de pierres plates sur les berges ou autour des mares.
Pour les grandes fermes aux armoires garnies, la “grande lessive” avait lieu deux fois par an, en respectant les contraintes des travaux agricoles. Son déroulement suivait un véritable cérémonial. Trois jours et de nombreux bras étaient nécessaires pour cette tâche éreintante. Après le trempage à froid, le linge bouillait longuement dans une eau chargée de phosphate et de potasse fournis par les cendres de bois aux principes blanchissants. Au troisième jour, il était vigoureusement savonné, brossé et battu avant d’être chargé sur les brouettes (photo 1) et transporté au lavoir public où de nouveau, brosses, savon et battoirs entraient en action. Agenouillées dans leur caisse à laver garnie de paille, les lavandières rinçaient les nombreuses “pièce” au fil de l’eau avant de les étendre sur le pré, les haies vives ou autres clôtures où elles finissaient de blanchir.
L’entretien du linge était accompagné de connotations sacrées, laver son linge c’était laver ses péchés (photo 2). La lessive devait respecter les interdits religieux ou superstitieux : pas de lessive en Semaine Sainte, ni le vendredi (”qui lave le vendredi lave son suaire”)… Les conditions de travail étaient dures et les lavandières revendiquaient, contre les intempéries, des lavoirs fermés, des toits avancés au-dessus des plans d’eau et des sols pavés pour éviter la boue (photo 3). Mais la lessive avait heureusement des côtés plaisants, le lavoir réservé aux seules femmes, étaient un lieu de rencontre, de liberté de parole, de rire et même de batailles mémorables.
Les lavoirs de la vallée sont construits selon les habitudes locales : murs de briques (photo 4) ou de colombages (photo 5), toiture d’ardoises (photo 6) ou de tuiles. Ils sont en règle générale de forme carrée lorsqu’ils sont installés sur une source ou rectangulaire lorsqu’ils sont bâtis le long de la rivière. Quelques uns ont conservé des traces d’équipement : barres d’égouttage au-dessus du plan d’eau et margelles inclinées fixes, ce qui engendrait protestations et réclamations lorsque les vannages en amont provoquaient de brutales variations de niveau (photo 7).
Après des périodes de fréquentation intense et ininterrompue, les lavoirs publics ont connu le déclin, le bruit des battoirs s’est tu peu à peu. A partir des années 1950, l’arrivée des machines à laver familiales a marqué la fin d’une époque. Heureusement des municipalités, parfois des particuliers, soucieux de préserver ces lieux de mémoire, ont à cœur de les sauvegarder.
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