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Espèces protégées

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Les verreries de Neaufles Saint Martin et la fabrication du verre

Le 19 mars 2011 l’ASALF nous présente deux conférences en une : on ne lésine pas. Jean-Paul Teillard, plongé depuis longtemps dans l’histoire d Neaufles saint Martin et de sa région, nous propose une causerie sur les verreries de Neaufles et de Martagny. Francis Lefèvre, Maître Verrier à Vesly nous présente l’aspect historico technique de la fabrication du verre.
La verrerie de Neaufles saint Martin
On sait que l’origine des verreries en Normandie remonte à des temps très éloignés. La forêt de Lyons occupait au XIIIe siècle la presque totalité du territoire du Vexin, offrant à profusion le bois nécessaire au chauffage des fours et la région offrait le vitrifiant. La source principale de nos connaissances sur le sujet est l’ouvrage d’Onésime le Vaillant de la Fieffe intitulé « Les verreries de Normandie », édité à la fin du XIXe siècle. Il aborde l’ensemble des verreries, et notamment, pour ce qui concerne notre région, celle qui est considérée comme la plus ancienne, la Verrerie de la Haye, à la Fontaine du Houx, dont on a trace avant 1330. On y apprend aussi que par privilège royal de Philippe le Bel, seules quatre familles disposaient du privilège de la fabrication du « plast du verre », appelé « verre de France » : les familles Caqueret ,Brossard, Bongard et Le Vaillant.
En ce qui concerne Neaufles St Martin, c’est autour des années 1760 qu’Antoine François Hubert est qualifié de « Directeur de la verrerie de Neaufles », fondée par lui. Sa fille, Victoire Aimée (sans référence à la guerre de 1870, NdA) épouse Jean Carré qui, succédant à son beau père, en deviendra le manager. A son tour, leur fils, également appelé Jean, prendra la succession de ses parents (madame avait dirigé quelque temps l’entreprise après la mort de son mari) et est connu dans les actes publics comme « Maître de la verrerie de Neaufles st Martin » et dans un autre document, comme « Maître de manufacture en verre demeurant à Neaufles ». Cela dure jusqu’en 1804 date à laquelle la verrerie est fermée tandis que Jean Carré va mettre sa compétence au service de la verrerie de Landel.
Le verre fabriqué à Neaufles était pour l’essentiel des sortes diverses de girolles, variétés d’opale obtenues par ajout d’oxyde de plomb et qui donnait un verre de qualité moyenne pour la verrerie courante.
J-P Teilhard a pu repérer l’emplacement de la verrerie de Neaufles dont il a reconstitué virtuellement sur écran la structure.
Sur Martagny, les sources sont moins exploitées. On sait que le village appartenait à la famille Le Vaillant, que la verrerie était sur le plateau, depuis le milieu du XVIe siècle et arrêtée probablement autour de 1700, dirigée par Brossard et puis Feuguerole.

Quelques exemples de bouteilles fabriquées à la verreris de Neaufles Saint Martin

Quelques exemples de bouteilles fabriquées à la verreris de Neaufles Saint Martin

La fabrication du verre
La fabrication du verre est une industrie qui, comme toute industrie, exige de la matière première accessible sans coût prohibitif, une technicité en constante recherche de qualité et de productivité, un personnel qualifié et de la main d’œuvre.
Le vitrifiant est de la silice, qui fond à 1700° centigrade (en Celsius c’est encore plus). Même si les forêts de Lyons sont riches en bois de combustion, jamais ce bois en brûlant n’atteindra ces sommets. Pour abaisser la température de fusion, on a ajouté de le soude, venant d’Espagne, via saint Malo, et de la potasse issue de traitement de la fougère, opération dépensière en main d’œuvre. Finalement la mise à feu se situait entre 800° et 1400°. Plus tard on a ajouté du stabilisant : chaux, magnésie, borax. Pour la transparence, on a ajouté du manganèse. Bref, des opérations de plus en plus élaborées où alternaient en outre du décolorant pour lutter contre l’oxyde de fer, et du colorant, le cobalt, pour la beauté de la lumière.
Toutes ces opérations sont exécutées dans des creusets en terre réfractaire fabriqués par des potiers de la région.
Le personnel qui travaillait autour du four placé au centre de bâtiment construit comme une sorte de halle, comprenait les maîtres verriers, professionnel de « l’atelier noble » qui traitaient et soufflaient le verre, tandis que les tâches de maintenance et de transfert étaient exécutées par des « bossiers », considérés comme verriers de deuxième classe.
A la fin de la matinée, les participants prenaient conscience, une fois de plus, de la richesse patrimoniale de notre région et de la nécessité d’en conserver et sauvegarder la mémoire.

Alain Tirot

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