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Espèces protégées

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Une Reine de France à Neaufles Saint Martin

La tour de Neaufles

La tour de Neaufles

Le 21 mars 2009, Jean-Paul Teillard, s’appuyant sur la consultation de manuscrits d’archives, nous a conté l’histoire de la Reine Blanche. Veuve du roi Philippe VI de Valois, elle a laissé son empreinte dans notre vallée de la Lévrière, à Neaufles Saint Martin.

Campons le décor de cette époque : Neaufles est une commune située sur la Lévrière, à l’ouest de Gisors dont elle est très proche, avec ses églises, son Hôtel Dieu, sa léproserie, ses moulins datant du XIème siècle, ses vignes et son péage aujourd’hui disparus, et surtout son château construit vers 1050 (château médiéval), reconstruit vers 1100 (château normand) et réaménagé vers 1300. Actuellement une tour bien visible persiste, vestige des constructions du XIème siècle.

Reconstitution du donjon du château du XIV°siècle

Reconstitution du donjon du château du XIV°siècle

Intéressons nous aux personnages. Philippe IV le Bel, roi de France et de Navarre, règne de 1285 à 1314. Ni lui, ni ses successeurs n’ont d’héritier mâle et la couronne de France revient à son neveu Philippe VI de Valois, premier des Valois, né en 1293 qui régnera de 1328 à 1350. Edouard III, roi d’Angleterre, petit-fils de Philippe IV (mais par les femmes) est également prétendant à la couronne de France.. En 1338 c’est donc la guerre et c’est parti pour 100 ans (et même davantage : 116 ans). Ainsi Français, Anglais, Normands et Navarrais guerroient avec des fortunes et des alliances diverses. Les affrontements sont entrecoupés de longues trêves, les frontières bougent et la région de Neaufles est à plusieurs reprises sous domination anglaise.

Mais la plaie la plus redoutable, appelons la par son nom, c’est la peste noire qui frappe en toute impartialité rois et reines, seigneurs et manants et guerriers de tous les camps, décimant entre 1348 et 1350 le tiers de la population.

Venons en à notre héroïne, Blanche de Navarre (également appelée Blanche d’Evreux). Elle nait à Pampelune en 1333 (ou en 1332 : ah ! ce calendrier julien), de l’union de Philippe d’Evreux et de Jeanne de France, héritière de Navarre. En 1349 elle rejoint la cour de France afin d’épouser le fils du roi, le futur Jean II le Bon qui vient de perdre sa femme de la peste. Le roi, Philippe VI vient également d’être veuf (la peste bien sûr). Il est subjugué par la beauté de la toute jeune Blanche. C’est lui le roi et c’est lui qui l’épouse rapidement. La reine est morte, vive la reine ! Un heureux événement est vite attendu, entrainant la grâce de plusieurs condamnés. Mais en 1350 le roi meurt (peste ou épuisement amoureux ?)
Déjà Blanche par son prénom, Blanche de Navarre devient Reine Blanche, nom donné aux veuves des rois de France. En 1351 elle met au monde une petite Jeanne de France qui décédera à Béziers en 1373 alors qu’elle était sur la route d’Aragon pour rencontrer son futur époux.

La Reine Blanche qui a hérité des biens de la première épouse de Philippe VI, Jeanne de Bourgogne, s’installe d’abord à Melun, puis, après le traité de Pontoise, à Vernon où elle entre en conflit avec du Guesclin à la conquête de la Normandie.  Il faut savoir que le frère de Blanche, Charles le Mauvais, roi de Navarre et comte d’Evreux, prétendant au trône de France et gendre du roi, s’est allié aux Anglais et il est défait à Cocherel en 1364. Blanche de Navarre tenta de le rapprocher du roi de France. Les querelles de famille font l’histoire de France à cette époque. Après Vernon elle s’installe à Neaufles en 1364, dans le château racheté par Charles V, petit-fils de son époux et roi de France après le décès de Jean II le Bon.

Blanche de Navarre (debout) et sa fille Jeanne de France

Blanche de Navarre (debout) et sa fille Jeanne de France

Au château de Neaufles une véritable cour royale s’installe. Blanche rend la justice, abolit les impôts (temporairement hélas), refuse de se remarier avec Alphonse XI de Castille déclarant « une reine de France ne se remarie point » et se fait surnommer Belle Sagesse. La légende raconte qu’elle avait l’habitude de se promener entre Bézu Saint Eloi et Hébécourt, le long de la Lévrière sur le tracé dénommé aujourd’hui « dans les pas de la Reine Blanche ». En 1395 elle rédige un testament remarquable très apprécié des médiévistes. Elle décède en 1398 et est inhumée dans la basilique Saint Denis ou demeure son gisant, au côté de celui de sa fille.

Elle a marqué son époque, figurant dans la « Ballade des dames du temps jadis » écrite par François Villon et chantée par Georges Brassens. Dans la vallée de la Lévrière, elle a écrit quelques pages dans le grand livre de l’histoire de France.

Imprégnés d’histoire médiévale nous nous dirigeons vers un coin d’Orient, non pour une nouvelle croisade, mais pour une dégustation de couscous (royal bien entendu !).

Les reproductions en noir et blanc sont tirées de la Revue de l’Association Héraldique et Généalogique des Deux Vexins, hors série n°4 : Le village de Neaufles et son église Saint Martin, novembre 2008.

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